mardi 13 novembre 2012

Mathieu Laca: mort ou vif

Il a à peine 30 ans, mais possède une rare maîtrise du médium, une culture artistique remarquable et une imagination absolument débridée. Faites vite, vous n'avez que jusqu'à dimanche pour le découvrir à la Galerie Modulum et vous approprier son univers à nul autre pareil. Son amour de Francis Bacon transparaît dans la façon dont il assemble ses toiles, les déstructure, y intègre l'élément qui perturbe la composition, déstabilise le spectateur.
Mathieu Laca: Francis Bacon

Dans ses autoportraits, le personnage est parfois traqué par une idée fixe, se dévoile dans un troublant moment volé, entre jouissance et agression, ou cherche à se définir en multipliant les regards qu'il pose sur lui-même. 

Mathieu Laca: Alter ego


La puissance de ses compositions, dans lesquelles le corps joue un rôle essentiel, n'a rien à envoyer à celle de Goya. (Il propose d'ailleurs une relecture de Saturne dévorant un de ces enfants, le visage du monstre occulté semblant d'une certaine façon repousser les limites même de cette violence sublimée.) Allégories, monstres déstructurés, hermaphrodite sans tête, on sort troublé de l'expérience, sans que jamais, étonnamment, la frontière du dégoût ne soit franchie.

Mathie Laca: Renaissance
Mathieu Laca propose aussi une remarquable galerie de portraits d'artistes célèbres, de Picasso à Riopelle, en passant par Tchaïkovski et Genet, deux toiles devant lesquelles je me suis longuement posée, avec lesquelles je serais bien repartie (le Tchaïkovski a été adopté par un autre connaisseur).  
Mathieu Laca: Tchaïkovski
Mathieu Laca: Genet
« Peindre le portrait d’un peintre est une forme de cannibalisme artistique, explique lui-même l'artiste. Non seulement vous vous appropriez l’apparence physique dudit peintre, mais, en imitant son style, vous pouvez jouer avec ses manies. Vous entrez alors dans un dialogue entre votre propre vocabulaire pictural et le sien. C’est la lutte de Jacob avec l’Ange. D’une certaine façon, vous aspirez son âme. Ceci ajoute tout un nouveau pan d’interprétation. » 
Mathieu Laca: Courbet
Sa série consacrée aux maîtres anciens, peinte avec les pigments et les techniques de l'époque, démontre hors de tout doute que nous avons affaire ici à un artiste en pleine possession de ses moyens, dont on continuera assurément de parler. À voir impérativement!

Vous pouvez découvrir ici le site consacré à l'exposition...

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Mathieu Laca... Je ne connaissais pas.

sublime et atemporel, très sensuel (eros et thanatos?)

maîtrise étonnante.

Merci à Clavier bien tempéré de me faire découvrir ce peintre!

Mélina

Lucie a dit…

J'ai vraiment été complètement séduite par son travail. Plusieurs de ses toiles continuent encore de m'habiter. C'est suffisamment rare pour qu'on le mentionne...

Guillaume Lajeunesse a dit…

Que de savoureuses images ! Je suis en amour !

Lucie a dit…

N'est-il pas doué?

Anonyme a dit…

Je l'ai découvert à Ottawa à l'été 2010 et je le suis depuis. La galerie où il expusait à Hintonburg a connu des ennuis de parcours et a plié bagages pour des prés plus verts. Je rêve de voir une toile de Laca au Musée des beaux-arts du Canada ... ou dans mon salon si je pouvais me le permettre.
Movar à Ottawa

Lucie a dit…

J'étais justement à Ottawa hier, à l'heure où vous avez écrit ces lignes. J'aurais bien pris le portrait de Genet, mais quelqu'un d'autre a eu cette même idée (et plus de moyens).