mardi 10 décembre 2013

Alter-face

Parfois, on a besoin de se faire rappeler certaines choses. Dimanche après-midi, je me suis rappelée que j'aimais profondément le côté organique du duo de pianos. Si le quatre-mains est plus intime, exige que l'on laisse son égo au vestiaire et accepte de ne faire qu'un avec l'autre, le deux pianos relève plutôt de l'architecture. À deux « instruments-rois », impossible de ne pas ériger de très grandes choses. 

Pourtant, de façon presque paradoxale, c'est à travers une palette toute en demi-teintes, avec grande subtilité, en travaillant parfois dans l'infiniment petit, reprenant inlassablement un motif ou une texture (comme le propose Kevin Volans dans Cicada), que Brigitte Poulin et Jean Marchand ont séduit le public présent à la Salle Tanna Schulich. Si le titre du programme reprenait le titre d'une oeuvre récente (2004) d'Aperghis qui explore l'altérité (« Je est un autre ») et dont toute dimension théâtrale associé au compositeur iconoclaste semble occultée, Alter-face aurait aurait pu être sous-titré « Étude en résonance », tant chacune des pièces au programme maximisait les jeux de registres, mais surtout une réelle vibration sympathique entre les deux instruments.

En ont éloquemment témoigné les Figures de résonances de Dutilleux, exploration magistrale des couleurs et des timbres, qui ne peut qu'évoquer le travail d'exploration atmosphérique réalisé par Debussy dans ses Préludes pour piano. L'habillage pour deux pianos du mythique Pulau Dewata de Vivier (fidèlement arrangé par Denis Gougeon) aura peut-être été un peu moins convaincant (le piano aurait-il ici démontré ses limites?), mais a certes arraché quelques sourires lors d'un dialogue inusité entre piano-jouet et vibrations dans le très grave du deuxième piano.

Si on ne devait retenir qu'une seule des cinq pièces proposées, ce serait sans hésitation l'Andante sostenuto de Denis Gougeon, d'après un magnifique poème de Fernand Ouellette faisant lui-même référence au mouvement lent de l'ultime sonate de Schubert. Ici, le compositeur a su tirer profit des forces des instruments en présence, mais aussi de la complémentarité de ses interprètes, en réelle communion, en intégrant au tissu musical passages arpégés couvrant toute l'étendue du piano, lancinant rappel du do dièse, notes répétées, forme ternaire qui évoque aussi bien les grands arcs schubertiens que le rythme inhérent à la poésie de Ouellette et « chant secret » du texte. Les applaudissements nourris ne s'étaient pas encore taris que j'avais jeté un regard en coin à mon ami Normand qui m'accompagnait pour lui demander: « On la joue? » Signe indéniable de l'impression que l'oeuvre, dès la première écoute, avait laissée en moi...

2 commentaires:

normand babin a dit…

la réponse est oui!

normand

Lucie a dit…

:)J'ai hâte!