dimanche 3 mars 2013

L'enfant des glaces

Dans le cadre du Festival MNM, la compagnie Chants libres reprenait (trois représentations seulement) l'électropéra L'enfant des glaces, huitième production de la compagnie, présentée la première fois en 2000 lors d'une résidence de Pauline Vaillancourt au Musée d'art contemporain. Je n'avais malheureusement pas assisté alors à la production et ne la connaissais qu'à travers des extraits vidéo (ainsi que celui donné lors d'Arias, spectacle-anniversaire présenté en 2011). Aurait-on l'impression d'être devant un objet daté? Le langage serait-il dépassé?

Quelques instants ont suffi pour réaliser que l'électropéra reste d'une troublante actualité, tant au niveau sonore que plastique. Si, pour Wagner, l'opéra devait se définir comme Gesamtkunstwerk (œuvre d'art totale) pour s'inscrire en tant que représentation de l'unité de la vie, nous avons affaire ici sans contredit à un sommet. Le travail sur les volumes, qu'ils soient visuels ou sonores, reste magistral. La conception et mise en scène de Pauline Vaillancourt, appuyée par la chorégraphie de Johanne Madore, qui se révèle souvent plus proche de l'installation ou de la danse elle-même (dont le mouvement serait décortiqué au ralenti), n'a pas pris une ride. Le travail sur les éclairages de François Rouspinian peut encore servir d'inspiration à nombre de techniciens sans imagination qui manient le médium avec paresse. Certains « arrêts sur image » restent d'une troublante beauté, par exemple cette pose, nimbée parfaitement de lumière, qui m'a rappelé La jeune fille à la perle de Wermeer. La juxtaposition proposée par Zack Settel entre musique électronique (même acousmatique) et chant « traditionnel » fonctionne parfaitement, ainsi que le découpage même des motifs, selon qu'ils soient attribués au scientifique (Jean Maheux, qui avait incarné le rôle lors de la première) ou l'enfant (Ghislaine Deschambault, au timbre magnifique, qui habite entièrement le personnage).

Paradoxalement peut-être, le seul élément qui m'a paru un peu daté s'est avéré le côté érotique et sexuel du lien entre le scientifique, dont la virilité se trouve magnifié par la découverte de cet être sacrifié il y a des siècles, parfaitement conservé, et cette femme-enfant aux formes affirmées, portant un seul bas résille et une mini-jupe, devenant égérie mais aussi femme-objet jusqu'à un certain point. L’hyper-sexualisation véhiculée par les médias depuis une dizaine d'années et l'explosion du sexe-spectacle qu'a permis l'Internet sont trop présents à l'esprit peut-être pour qu'une énième déclinaison du genre puisse susciter encore autre chose qu'une certaine lassitude. Cette danse de la réconciliation, entre deux univers, deux époques, deux sexes, deux perceptions d'une même réalité, entre folie et raison, m'a semblé ici moins pertinente présentée de cette façon. N'empêche que, même 48 heures après la représentation, la production continue de hanter l'esprit et d'alimenter la réflexion. Cela démontre hors de tout doute sa pertinence.


2 commentaires:

Montréalistement a dit…

J'ai décidément fait le mauvais choix jeudi soir. Je me mord les doigts de ne pas avoir vu l'électropéra...
Trop de choses à voir en même temps à ce festival MNM ...

Lucie a dit…

J'avais peur d'avoir raté quelque chose comme lundi avec les chanteurs de Stuttgart. Contente que, cette fois, ce soit moi qui ai eu la meilleure pige! :)